Orgueil & badinage

Posté par aloha le 11 octobre 2015

Acte I

Scène II

 Le salon du baron.

 Le Baron

-Raison de plus ; ne voulez-vous pas qu’une femme admire ce qu’elle comprend ? D’où sortez-vous, Bridaine ? Voilà un raisonnement qui fait pitié.

Maitre Bridaine

-Je connais peu les femmes ; mais il me semble qu’il est difficile qu’on admire ce qu’on ne comprend pas.

Le Baron

-Je les connais, Bridaine, je connais ces êtres charmants et indéfinissables. Soyez persuadé qu’elles aiment à avoir de la poudre dans les yeux, et que plus on leur en jette, plus elles les écarquillent, afin d’en gober davantage. […]

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Perdican

-Si ma cousine recule quand je lui tends la main, je vous dirai à mon tour : Excusez-moi ; l’amour peut voler un baiser, mais non pas l’amitié.

Camille

-L’amitié ni l’amour ne doivent recevoir que ce qu’ils peuvent rendre.

 

Acte II

Scène III  

Devant le château.

Entre le Chœur:

Plusieurs choses me divertissent et excitent ma curiosité. Venez, mes amis, et asseyons-nous sous ce noyer. Deux formidables dîneurs sont en ce moment en présence au château, maître Bridaine et maître Blazius. N’avez-vous pas fait une remarque ? C’est que, lorsque deux hommes à peu près pareils, également gros, également sots, ayant les mêmes vices et les mêmes passions, viennent par hasard à se rencontrer, il faut nécessairement qu’ils s’adorent ou qu’ils s’exècrent. Par la raison que les contraires s’attirent, qu’un homme grand et desséché aimera un homme petit et rond, que les blonds recherchent les bruns, et réciproquement, je prévois une lutte secrète entre le gouverneur et le curé.

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PERDICAN

-Pas ce soir ! Et quand donc ? Toute notre vie est là.

CAMILLE

-Je ne suis pas assez jeune pour m’amuser de mes poupées, ni assez vieille pour aimer le passé.

 

Scène IV  

Une fontaine dans un bois.

 

Perdican

-Oui, il y a dix ans que je ne vous ai vus, et en un jour tout change sous le soleil. Je me suis élevé de quelques pieds vers le ciel, et vous vous êtes courbés de quelques pouces vers le tombeau. Vos têtes ont blanchi, vos pas sont devenus plus lents, vous ne pouvez plus soulever de terre votre enfant d’autrefois. C’est donc à moi d’être votre père, à vous qui avez été les miens.

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Perdican

-Oui, on me l’a dit aussi. Les sciences sont une belle chose, mes enfants ; ces arbres et ces prairies enseignent à haute voix la plus belle de toutes, l’oubli de ce qu’on sait.

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CAMILLE

-Répondez donc à ma première question. Ai-je raison de rester au couvent ?

Perdican

-Non.

CAMILLE

-Je ferais donc mieux de vous épouser ?

Perdican

-Oui.

Si le curé de votre paroisse soufflait sur un verre d’eau et vous disait que c’est un verre de vin, le boiriez-vous comme tel ?

-Non.

CAMILLE

-Si le curé de votre paroisse soufflait sur vous et me disait que vous m’aimerez toute votre vie, aurais-je raison de le croire ?

Perdican

-Oui et non.

CAMILLE

-Que me conseilleriez-vous de faire le jour où je verrais que vous ne m’aimez plus ?

Perdican

-De prendre un amant.

 

Perdican

 -J’ai pour amie une sœur qui n’a que trente ans, et qui a eu cinq cent mille livres de revenu à l’âge de quinze ans. C’est la plus belle et la plus noble créature qui ait marché sur terre. Elle était pairesse du parlement et avait pour mari un des hommes les plus distingués de France. Aucune des nobles facultés humaines n’était restée sans culture en elle, et, comme un arbrisseau d’une sève choisie, tous ses bourgeons avaient donné des ramures. Jamais l’amour et le bonheur ne poseront leur couronne fleurie sur un front plus beau. Son mari l’a trompée ; elle a aimé un autre homme, et elle se meurt de désespoir.Cela est possible.

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Perdican

-Ô mon enfant ! Sais-tu les rêves de ces femmes qui te disent de ne pas rêver ? Sais-tu quel nom elles murmurent quand les sanglots qui sortent de leurs lèvres font trembler l’hostie qu’on leur présente ? Elles qui s’assoient près de toi avec leurs têtes branlantes pour verser dans ton oreille leur vieillesse flétrie, elles qui sonnent dans les ruines de ta jeunesse le tocsin de leur désespoir et font sentir à ton sang vermeil la fraîcheur de leurs tombes ; sais-tu qui elles sont ?

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Perdican

-Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.

 

Scène VIII

 Un oratoire.

 

PERDICAN

-Orgueil ! Le plus fatal des conseillers humains, qu’es-tu venu faire entre cette fille et moi ? La voilà pâle et effrayée, qui presse sur les dalles insensibles son cœur et son visage. Elle aurait pu m’aimer, et nous étions nés l’un pour l’autre ; qu’es-tu venu faire sur nos lèvres, orgueil, lorsque nos mains allaient se joindre ?

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PERDICAN

-        … nous sommes deux enfants insensés, et nous avons joué avec la vie et la mort ; mais notre cœur est pur ; ne tuez pas Rosette, Dieu juste ! Je lui trouverai un mari, je réparerai ma faute ; elle est jeune, elle sera riche, elle sera heureuse ; ne faites pas cela, ô Dieu ! vous pouvez bénir encore quatre de vos enfants. Eh bien ! Camille, qu’y at-il ?…..

 

Extraits « On ne badine pas avec l’amour » Alfred de Musset

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Étain

Posté par aloha le 10 octobre 2015

L’étain est un métal pur de la famille des cristallogènes. il est utilisé pour la soudure, depuis l’antiquité. On l’utilise en composant pour le métal, le bronze (mélange de cuivre et d’étain). 

On dit « qu’il crie ou qu’il pleure » lorsqu’on le plie.

Nuit

Le ciel d’étain au ciel de cuivre succède.

La nuit fait un pas.

Les choses de l’ombre vont vivre.

Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,

Fait frissonner dans l’onde,

où luit le drap d’or des claires soirées,

Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.

Tout à l’heure, tout écoutait.

Maintenant nul bruit n’ose éclore ;

Tout s’enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,

Regarde avec anxiété

S’avancer ce sombre silence

Dans cette sombre immensité.

C’est l’heure où toute créature

Sent distinctement dans les cieux,

Dans la grande étendue obscure,

Le grand Être mystérieux.

 

Victor Hugo « Toute la lyre »

 

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Page blanche

Posté par aloha le 10 octobre 2015

Je suis la page blanche,

Le roman inachevé

Les silences me font offense

 

Mimer le vide, devenir transparence

Je suis matière, enfin de rien j’ai l’air

Je suis l’oiseau, je suis la plume

Et l’envol et puis la lune

Je suis le roi et puis le fou

Surtout le pion quand de moi tu te fous

 

Je suis l’accent grave, flottant dans les fins des phrases

En suspens ; point de virgule face au néant,

Mimer la matière blanche, devenir absent.

Ni armes, ni murs, plus d’armures;

Ni funambule de tes envies,

Ni muse à tes murmures

 

Au pays des pages blanches Il ne faut pas s’y tromper

Beaucoup de couleurs sont venues se réfugier

Elles ont perdu leur parure peut-être à jamais

Mais au roman inachevé, il n’y a rien à juger.

 

 

 

 

 

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La vie rêvée d’Eugénie Hugo

Posté par aloha le 6 octobre 2015

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Eugénie fille de Victor Hugo… Maîtresse d’Hector Berlioz… Qui est donc cette jeune fille en réalité?

Eugénie est la première des filles de Victor Hugo, née d’une mère inconnue, qui mourra en couche en lui donnant la vie… Elle apprendra lentement à trouver sa place aux côtés du Grand Homme et sous l’ombre pesante de ses sœurs… Léopoldine mourra accidentellement à 19 ans, mais écrasera de sa présence Eugénie mais aussi Adèle, plus fragile qui sombrera doucement dans la folie, pour s’y abandonner complètement 40 ans de sa vie… Eugénie partage, avec humour et passion, ses joies, ses jalousies, ses tristesses, ses amours avec Hector Berlioz, ses frustrations de fille illégitime… Eugénie raconte le génie, l’œuvre, le courage et les blessures de son Père…, sauf que Victor Hugo n’a pas eu d’autre fille… !

 

 

 

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« Sa mère était une putain que voulez-vous attendre d’elle… « 

« Vous comprenez cette enfant conçue hors du mariage c’est une malédiction ! »

« On m’a expliqué que c’était mieux si je vivais ailleurs.

 - Tu comprends Eugénie, si les gens apprennent que ton papa a eu une enfant avec une fille perdue ça ruinerait sa réputation. Ton papa est très célèbre tu sais, tu ne veux pas faire de tort à ton papa ?

-Ba non ! Évidemment ! Et d’abord c’était quoi une fille perdue ? A ce moment-là je n’en savais rien je pensais que ma maman s’était perdue c’est pour ça que je ne la voyais jamais.

 

« Il est partout ! Pontmercy c’est lui; Marius c’est lui, Jean Valjean c’est lui ; Papa qui voulait revenir d’exil, Jean Valjean du bagne ; Marius suivait Causette comme Victor Adèle ; Marius se lance en politique, sans commentaires.. »

 

« J’entendais sa musique et la couleur envahit la pièce, mes rideaux blancs devinrent roses et le tissu qui recouvrait mon lit gris devint bleu.

-Qui est cette douce créature cher ami ? demanda Hector à mon père

-Elle n’est personne ! répondit papa.

-Moi ? Mais enfin papa raconte-moi ! Non rien, tu me renvoyas dans ma chambre. 

Jamais il n’a été question de moi, jamais tu n’as écrit sur moi..

 

Je suis morte. Tu entends je suis morte !

Mais je n’ai surement jamais existé.

En fait je suis peut-être folle. Je suis Adèle alors? Je suis folle !

Je veux être Léopoldine, je suis Léopoldine ! Aime moi papa,

J’apprendrai à nager pour ne jamais me noyer

Je ne me marierai jamais pour ne jamais mourir!

 

 

Auteur : Luc Tallieu
Artistes : Lucie Falcou
Metteur en scène : Luc Tallieu

Nb: quelques infidélités au texte retranscrit de mémoire en partie.

 

Un texte écrit avec talent, inspiré d’une biographie grandiose, l’interprétation est renversante. 1H30 d’attention ou s’anime sous nos yeux,(public aguerri et amateur de 9 à 70 ans), une actrice incroyable. Elle porte avec brio une histoire riche, réussi l’audacieux pari de faire sourire et pleurer plus de la moitié de la salle, sans décrocher un seul instant. Plus tard, on s’entendra même avoir tous vu le personnage vieillir sous nos yeux. Mais quoi? Sans entracte, sans  apparats, Lucie, plutôt  le personnage d’Eugénie à la fin de la pièce portait étrangement le masque de la vieillesse, triste abattue, attendant désespérément sa place.

Monsieur Tallieu vous reteniez la porte à la sortie, nous avons retenu notre souffle et vous avons dit merci pour cette belle émotion….

Quel talent…! Bravo.


Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,

Tu sais ; à quoi bon, hélas !

Rester là si tu me quittes,

Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre

De cet ange qui s’enfuit ?

A quoi bon, sous le ciel sombre,

N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles

Dont avril est le seul bien.

Il suffit que tu t’en ailles

Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles;

Te voir est mon seul souci.

Il suffit que tu t’envoles

Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;

Mon âme au ciel, son berceau,

Fuira, dans ta main blanche

Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne

Si je n’entends plus ton pas ?

Est-ce ta vie ou la mienne Qui s’en va ?

Je ne sais pas.

[.....]

Victor Hugo « Les Contemplations »

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La terre qui penche

Posté par aloha le 2 octobre 2015

 

La vieille âme

« Je me souviens , car tu as gardé ta vie intacte dans ta mémoire de petite fille et que tu la parcours , à voix haute tandis que tu dors. Alors, tout contre toi, moi la « vieillarde », j’écoute mon enfance causer. Je t’écoute conjuguer jadis au présent et je m’émerveille. »

La petite fille

« Eveillée, je ne suis pas si bavarde, c’est la nuit qui me rend pie.

Comment lutter? Je dis des gros mots dans mon sommeil et , au matin, tout est aussitôt répété à mon père. Alors, on m’appelle et je me présente à la petite badine… A son tour il manque de discernement, quand il m’assène ces coups inutiles. Comment pourrais-je me corriger? [...]

Ma tête se vide par ma bouche, tout s’échappe, par flots je revis chaque journée, bonheurs et peines, je régurgite tout ca sans en avoir conscience. Parfois je rêve si bien à voix haute que, à mon réveil, les grands yeux cernés des filles me disent que je les ai passionnées et qu’elles ont veillé pour ne pas manquer la fin de mon récit. Mais c’est assez rare, le plus souvent, je ne dis rien de très neuf, je chante mes chansons, je récite mes prières, et j’insulte bien fort ceux qui, durant le jour, m’ont cherché noises, empêchée de courir ou je voulais, ou obligée à filer, à broder, à prier, à chanter. Durant mon sommeil, je torture sans retenue qui m’a contrainte, et nombreux sont ceux qui me contraignent dans ce château de mon père ou les filles n’ont qu’à bien se tenir.

Il ne veut pas faire de moi une lettrée, la faute au diable qui entre dans les âmes des filles qui savent lire!

Le diable est filou et agile, et je n’aurai jamais de psautier. Père ne m’a rien appris et j’ai volé de droite et de gauche ce que je sais. Pas grand chose. J’en parle aussi la nuit, de ces quelques lettres que je connais et que je m’applique à dessiner avec un bâton sur la terre, sur l’eau ou dans l’air. Et dès que je maitrise une nouvelle lettre, je m’en vante en dormant et je la présente  à celles que j’ai déjà apprivoisées. J’anime gaiement mon minuscule alphabet en faisant chacune de mes lettres un petit personnage, une marmotte imaginaire, avec son caractère, ses humeurs, sa couleur. Alors la badine cingle de nouveau mes doigts qui ne doivent pas écrire, puisque écrire est aussi une porte pour le diable, agile et filou.

Quand je saurais toutes les lettres de mon prénom, il me semble que j’aurai une clef. C’est surtout celles-là que je préfère, celles qui me permettent de signer B L A N C H E. Elles sont des petits bouts de moi, il est capital que je me connaisse assez pour pouvoir m’écrire, et tant pis pour le diable! Si je le croise, je saurai bien m’en défendre, comme un homme.

Je ne suis pas assez profonde pour garder mes secrets, je déborde. Je préfèrerais pisser au lit, ce la me laisserait au moins ma pensée. Au lieu de quoi , c’est des mots que je pisse par seaux, sans retenue, jamais.

 

Extrait « La terre qui penche » Carole Martinez

 

 

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