Les orientales

Posté par aloha le 25 mai 2016

L’art n’a que faire des lisières, des menottes, des baillons; il vous dit: Va ! et vous lâche dans ce grand jardin de poésie, ou il n’y a pas de fruit défendu. L’espace et le temps sont au poète. Que le poète donc aille ou il veut, en faisant ce qui lui plait ; c’est la loi. Qu’il croie en Dieu ou aux dieux, à Pluton ou à Satan, à Canidie ou  Morgane, ou  rien, qu’il acquitte le péage du Styx, qu’il soit du sabbat ; qu’il écrive en prose ou en ver, qu’il sculpte en marbre ou coule en bronze ; qu’il prenne pied dans tel siècle ou dans tel climat ; qu’il soit du midi, du nord, de l’occident, de l’orient ; qu’il soit antique ou moderne ; que sa muse soit une muse ou une fée, qu’elle se drape de la colocasia ou s’ajuste la cotte-hardie. C’est à merveille…Le poète est libre…Mettons-nous à son point de vue, et voyons.

 

Victor Hugo  – « Les orientales »

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Sa femme

Posté par aloha le 11 octobre 2015

Elle est sa muse, « celle qu’il attendait depuis toujours ».L’élan de la passion, l’audace de l’écrivain, la fresque dramatique du genre humain..Un regard, une main saisie d’amour transforme la nuit en jour, n’efface pas le passé mais rend grâce au présent.

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Le fou d’Eva..

Dans la première sélection du prix Goncourt, il y a « Eva » de Simon Liberati, édité chez Stock, longue déclaration d’amour de l’auteur à son épouse Eva Ionesco.

Simon Liberati:

« Les pulsions suicidaires d’Eva, son intransigeance hautaine et malveillante à l’égard du sexe masculin, ma propre fuite en avant, ma misogynie et nos deux égoïsmes ne pouvaient être tempérés que par l’absolu de notre engagement. »

A la naissance de sa passion amoureuse, Simon Liberati consacre une centaine de pages introductives, sans rien cacher de la période noire qu’il traversait alors, ses « molles » tentatives de suicide, son « ivrognerie », son addiction à la cocaïne. Un être en perdition en rencontre un autre – il écrit : « L’amour vrai naît dans la souffrance », et si l’auteur a promis en quatrième de couverture un « éloge » de sa femme, le portrait est d’autant plus fort qu’il ne fait pas non plus l’impasse sur ses excès à elle : allergique à l’autorité, obsessionnelle, « sujette à des sautes fulgurantes », terrifiée par la pénombre, « d’un narcissisme asilaire »… Autant de stigmates d’une enfance qu’il va s’employer à reconstituer ensuite, en procédant souvenir par souvenir, les siens, ceux d’Eva ou de son ami Christian Louboutin, année par année, enquêtant comme écrivain et non comme journaliste d’investigation : il en était un « mauvais », dit-il.

 

 « Cette poupée d’envoûtement répandait, selon sa fille (…) un fumet âcre de transpiration paludique, se signalait à l’attention par une voix criarde et rauque, des jets d’urine lâchés à n’importe quel coin de rue (..) ainsi que le parfum du haschich de Baudelaire et de Renée Vivien fumé à longueur de temps (…)»

C’est l’une des phrases qu’Irina Ionesco aurait souhaité voir disparaître. Plus loin, Simon Liberati évoque aussi la filiation incestueuse d’Irina, née de l’union de sa mère avec le père adoptif de celle-ci. Le juge des référés a finalement été sensible à l’argument de la défense qui rappelait que la photographe avait elle-même parlé de l’inceste ou de ses problèmes de santé dans L’œil de la poupée, son roman autobiographique paru en 2004. L’avocate de Simon Liberati et des éditions Stock s’était indignée : « Je trouve sidérant qu’une mère, après avoir saccagé l’enfance de sa fille comme elle l’a fait, puisse s’offusquer de quelques propos tenus sur elle. »

*Le 27 mai dernier, la Cour d’appel de Paris a interdit à Irina Ionesco l’exploitation des photos prises de sa fille quand elle était mineure. La photographe, qui avait invoqué devant la Cour d’appel « le droit à la liberté d’expression, notamment artistique » s’est pourvue en Cassation.

 

Interview Culture

Manifeste amoureux

Simon Liberati fait aussi le portrait sans aveuglement de l’Eva d’aujourd’hui, des deux Eva (Eva et Eva) : les crises, l’obsession de son image, la chirurgie esthétique, les extravagantes séances d’essayage, les caprices, les appétits sexuels (extravagants aussi), l’égoïsme, les angoisses, l’intelligence, le courage, l’altruisme, la générosité.
Le romancier aime tout de cette femme : « Eva » est avant tout un manifeste amoureux. « J’ai su très vite qu’Eva allait me rendre heureux », dit Simon Liberati au début du roman, « c’est-à-dire m’affoler, bouleverser ma vie si complètement qu’il faudrait tout refaire autrement et dans le désarroi, seul symptôme incontestable de la vérité », ajoute-t-il. Tout est dit. « Eva » est le récit de cette révolution. Pas sûr que ce soit un roman, mais plutôt un objet littéraire entre le journal et les confessions, qui réserve de très belles et bouleversantes pages.

 

 

 

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La terre qui penche

Posté par aloha le 2 octobre 2015

 

La vieille âme

« Je me souviens , car tu as gardé ta vie intacte dans ta mémoire de petite fille et que tu la parcours , à voix haute tandis que tu dors. Alors, tout contre toi, moi la « vieillarde », j’écoute mon enfance causer. Je t’écoute conjuguer jadis au présent et je m’émerveille. »

La petite fille

« Eveillée, je ne suis pas si bavarde, c’est la nuit qui me rend pie.

Comment lutter? Je dis des gros mots dans mon sommeil et , au matin, tout est aussitôt répété à mon père. Alors, on m’appelle et je me présente à la petite badine… A son tour il manque de discernement, quand il m’assène ces coups inutiles. Comment pourrais-je me corriger? [...]

Ma tête se vide par ma bouche, tout s’échappe, par flots je revis chaque journée, bonheurs et peines, je régurgite tout ca sans en avoir conscience. Parfois je rêve si bien à voix haute que, à mon réveil, les grands yeux cernés des filles me disent que je les ai passionnées et qu’elles ont veillé pour ne pas manquer la fin de mon récit. Mais c’est assez rare, le plus souvent, je ne dis rien de très neuf, je chante mes chansons, je récite mes prières, et j’insulte bien fort ceux qui, durant le jour, m’ont cherché noises, empêchée de courir ou je voulais, ou obligée à filer, à broder, à prier, à chanter. Durant mon sommeil, je torture sans retenue qui m’a contrainte, et nombreux sont ceux qui me contraignent dans ce château de mon père ou les filles n’ont qu’à bien se tenir.

Il ne veut pas faire de moi une lettrée, la faute au diable qui entre dans les âmes des filles qui savent lire!

Le diable est filou et agile, et je n’aurai jamais de psautier. Père ne m’a rien appris et j’ai volé de droite et de gauche ce que je sais. Pas grand chose. J’en parle aussi la nuit, de ces quelques lettres que je connais et que je m’applique à dessiner avec un bâton sur la terre, sur l’eau ou dans l’air. Et dès que je maitrise une nouvelle lettre, je m’en vante en dormant et je la présente  à celles que j’ai déjà apprivoisées. J’anime gaiement mon minuscule alphabet en faisant chacune de mes lettres un petit personnage, une marmotte imaginaire, avec son caractère, ses humeurs, sa couleur. Alors la badine cingle de nouveau mes doigts qui ne doivent pas écrire, puisque écrire est aussi une porte pour le diable, agile et filou.

Quand je saurais toutes les lettres de mon prénom, il me semble que j’aurai une clef. C’est surtout celles-là que je préfère, celles qui me permettent de signer B L A N C H E. Elles sont des petits bouts de moi, il est capital que je me connaisse assez pour pouvoir m’écrire, et tant pis pour le diable! Si je le croise, je saurai bien m’en défendre, comme un homme.

Je ne suis pas assez profonde pour garder mes secrets, je déborde. Je préfèrerais pisser au lit, ce la me laisserait au moins ma pensée. Au lieu de quoi , c’est des mots que je pisse par seaux, sans retenue, jamais.

 

Extrait « La terre qui penche » Carole Martinez

 

 

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Edith Piaf – Marcel Cerdan Correspondances

Posté par aloha le 29 août 2015

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Mon Seigneur que j’aime,

Je reviens de Télé Paris et les gens étaient sidérés d’entendre ma voix, toutes les petites copines m’avaient déjà enterrée. J’ai eu tour à tour une angine tuberculeuse, décalcification de la moelle épinière, un nodule. Enfin, on m’a attribué toutes les maladies, navrée vraiment de les décevoir mais ma voix est là et bien là ! Je t’en raconterai de bonnes en ce qui me concerne. Roberta a dit à un journaliste en Egypte ceci : « Pauvre Piaf, elle ne chantera plus jamais, elle a une angine tuberculeuse. » Elle a dit ça, parait-il, avec une joie sadique, c’est un journaliste qui l’a écrit à Loulou tant il était scandalisé. D’ailleurs j’ai la lettre et te la ferai voir. Tu comprends pourquoi j’ai eu, un jour, une telle réaction quand j’ai cru comprendre que c‘était elle la dame du «Pigalle », vraiment, c’est une méchante femme. Enfin, le principal est que ma voix va bien mais il y a une chose qui compte encore plus pour moi, c’est ton amour. Ça, j’y tiens plus que tout au monde, chéri. Cette nuit, je ne pouvais dormir tant tu étais présent à ma mémoire, c’était si fort comme impression que j’avais la nette sensation que je n’avais qu’à étendre ma main pour te sentir là tout près. Mon amour, tu ne pourras jamais imaginer avec quelle force je t’aime. Dieu que je t’aime, mon adoré ! Je voudrais me mettre à genoux et passer mon temps à t’admirer, à te servir, à t’aimer, à n’être qu’à toi et n’avoir que toi devant mes yeux, ne toucher que toi, ne vivre que par toi que j’aime, toi mon amour. Moi.

                                                                                                                                                                                                                     EDITH PIAF

 

 

Samedi 28 mai 1949

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Mon amour chéri,

Ce matin, une lettre après mon footing, celle du 24, elle a mis quatre jours, mais j’espère que cet après midi je vais en recevoir une autre. Dans celle-ci, tu me dis, que tout au long de la journée, tu reçois des chocs au cœur mais tu n’es pas la seule, chérie, moi à chaque instant, il y a toujours quelque chose qui me rappelle toi. Mon frère loge dans ton bungalow, imagine toi les coups que je peux recevoir. Et puis, quand je vais diner, je m’habille, alors je me dis, il faut que je m’habille comme cela parce qu’elle m’a choisi cela ou bien ça. Enfin à chaque instant, je suis avec toi. Crois-moi, tu es la première et ça devient terrible.

Tu me dis aussi dans celle-ci que tu te purifies et que tu deviens sans tache alors tu te rends compte toi-même de l’effet que ça peut me faire quand quelqu’un ou quelque chose me rappelle ton passé. Je reconnais que c’est bête, c’est aussi mon imagination qui me fait beaucoup de mal, mais bientôt comme tu le dis si bien, bientôt je serai un homme parfait. Mais, pour l’amour du ciel, cache ton passé et garde tes souvenirs pour toi toute seule. Pense que tu m’as raconté tellement de choses qui ne me touchaient pas parce que je ne t’aimais pas trop. Peut-être que tu me les as racontées dans les mêmes conditions mais maintenant, je t’aime et ça fait très mal. Enfin chérie, je t’aime et tu as raison de dire que c’est le bon dieu qui a voulu cela parce qu’il savait que j’avais besoin de toi et je l’en remercie.

Fais-moi confiance pour le combat, je n’ai jamais travaillé avec autant de courage. Une grosse bise à Momone, mes amitiés à Loulou et toi, chérie, je t’embrasse bien amoureusement et te serre très très fort dans mes bras. Je t’aime, t’aime, oui, je t’aime. Mes amitiés au breton.

Momone: Simone Berteaut (amie, sœur de cœur d’Edith Piaf)

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            MARCEL CERDAN

 

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La sagesse n’est pas une destination, c’est une manière de voyager.

Posté par aloha le 14 septembre 2013

 

Quand le Mahatma Gandhi a formulé ses principes de non violence politique, il a insisté sur le fait que dans tous les cas, la fin est inséparable des moyens. Ce concept est contraire au lieu commun généralement accepté en Occident selon lequel « la fin justifie les moyens ». Selon Gandhi, comment nous agissons est aussi important que ce que nous tentons de faire, parce qu’ultimement, ce que nous ferons sera déterminé par la façon dont nous le ferons. Ce que nous sommes au fur et à mesure du processus – que nous choisissions l’intégrité, la foi et la compassion ou leurs contraires – influence le dénouement d’un évènement beaucoup plus que notre mental ne consent à l’admettre. L’amour est autant un processus qu’un but.

 

Extrait « La Grace et l’Enchantement »

Marianne Williamson

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